6 avr. 2010

ASEAN et Chine: Nouvelle donne géoéconomique

Membres de l'ASEAN
La régionalisation des économies se renforce depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Ces accords régionaux, dont le niveau d'intégration varie selon les intérêts des Etats, permettent en théorie de développer la taille des marchés, d'effectuer des économies d'échelles, de bénéficier d'effets d'agglomération, de fusionner les connaissances et de spécialiser les territoires. Le 1er janvier 2010 est entrée en vigueur la zone de libre-échange entre la Chine et six pays de l'ASEAN (Thaïlande, Indonésie, Brunei, Les Philippines, Singapour et la Malaisie).

Caractéristiques de l'intégration asiatique
Le facteur clef de succès d'une zone de libre-échange est la complémentarité et donc la spécialisation des structures économiques. C'est dans cette logique que depuis 1967 les pays membres de l'ASEAN ont mis en commun leurs avantages comparatifs pour accroître la vitesse de leur développement. Cette zone de libre-échange cumule actuellement 10% de la population mondiale, un PIB de plus 1,000 milliards de dollars US avec une croissance annuelle de près de 6% et plus de 26 milliards de dollars US d'Investissements Directs par an.

La charte de l'ASEAN fixe la baisse des droits douaniers, par l'intermédiaire du mécanisme de
Common Effective Preferential tariff scheme, pour plus de 8,000 produits manufacturés à un taux compris entre 0 et 5% d'ici la prochaine décennie. Un tarif extérieur commun n'est pas appliqué puisque l'union douanière laisse à chaque membre la maitrise de sa politique commerciale vis-à-vis des pays tiers.


ASEAN + Chine: Vers une zone économique puissance?
L'ASEAN se construit autour de 10 pays ainsi qu'à travers des accords d'associations (External Relations) conclus en bilatéral notamment avec la Russie, le Japon, la Corée du Sud, l'Australie et surtout la Chine. C'est en janvier 2010 que s'est finalisé un processus de négociations commencé en 2002 sur la création d'une zone de libre-échange entre l'ASEAN et la Chine. Ce nouveau débouché tombe à point pour la Chine alors que ses principaux marchés, l'Europe et l'Amérique du Nord, peinent à sortir de la crise. La Chine importera des biens agricoles et des matières premières dont elle manque cruellement (carences de terres cultivables et démographie galopante). L'Indonésie et la Malaisie deviendront des partenaires incontournables pour l'approvisionnement en riz, bois, caoutchouc et pétrole.

Selon les économistes, les termes de l'échange risquent de tourner rapidement à l'avantage de la Chine car elle bénéficie d'une économie compétitive en terme de coûts. Néanmoins, les pays de l'ASEAN en s'adaptant pourront bénéficier d'une classe moyenne chinoise estimée à plusieurs centaines de millions de personnes. Le flux d'IDE chinois facilitera ce processus de spécialisation de ces pays vers des marchés de niche ou en développement. La Chine, qui opère une remontée de filière pour certains produits et services, délocalisera mécaniquement l'industrie à faible valeur ajoutée vers des zones disposant d'avantages en terme de coûts de productions comme le Vietnam in fine.


Concurrence des unions douanières: ASEAN contre APEC
Cette révolution commerciale pour l'Asie du Sud Est, surtout pour la Chine, dessine une relation économique internationale nouvelle. En effet, le Chine décide d'ancrer son influence économique en Asie à travers le développement de ses relations avec cette zone. Bien que les marchés occidentaux resteront decisifs pendant la prochaine décennie, le choix de l'ASEAN met de facto au second rang l'Organisation Mondiale du Commerce, avec ses échecs successifs dans le cadre du Doha round, mais aussi et surtout l'APEC (Coopération Economique pour l'Asie Pacifique) avec à sa tête les Etats-Unis d'Amérique. L'identité de ce forum ainsi que ses objectifs a été mis sous le feu des critiques depuis plusieurs années.

La philosophie de l'APEC depuis 1989 est strictement économique avec la triple volonté de libéraliser le commerce et la finance, faciliter la cooperation économique et partager des normes équivalentes. La Chine, qui est membre de l'APEC, a décidé de privilégier l'ASEAN car elle en devient naturellement par son entrée le leader incontesté avec plus d'un milliard d'habitants, une croissance moyenne annuelle de 10% et un PIB à plus de 4,000 milliards de dollars US.

Contrairement à l'APEC, l'ASEAN ambitionne de poursuivre une intégration stratégique entre les pays membres à travers un pilier économique, un pilier culturel et un pilier politique. Ce dernier volet permet des partenariats dans le domaine de la défense notamment. Difficile de nier que la Chine ne pense pas à profiter de la structure de l'ASEAN pour développer une influence diplomatique renforcée sur les pays de cette région, alors qu'historiquement beaucoup d'entre eux ont des relations privilégiées avec les Etats-Unis d'Amérique.

La puissance économique chinoise attire naturellement les pays frontaliers qui désirent diminuer leur dépendance vis-à-vis des marchés occidentaux, de ses capitaux et de la fluctuation du dollar. La lutte d'influence entre américains et chinois se renforce dans la région d'Asie du sud est qui dispose du plus haut potentiel économique.

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